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Élément de module en tôle levé par une élingue à quatre brins sous une grue, deux opérateurs près de la zone de pose
Transport & grutage

Grutage et levage sur chantier : les règles de sécurité essentielles

Par l'équipe SLOTIM15 min de lecture

Les règles de sécurité du grutage et du levage sur chantier tiennent en cinq points : un appareil vérifié et choisi sur son abaque, un plan de levage, un élingage adapté à la charge, une zone d'exclusion où personne ne passe sous la charge, et une équipe compétente qui s'arrête quand le vent forcit. Au Maroc, ces obligations découlent du Code du travail et de textes spécifiques aux appareils de levage, complétés par des normes internationales.

Quelles sont les règles de sécurité essentielles d'un grutage ?

Un grutage sur chantier est sûr quand cinq conditions sont réunies : un appareil vérifié et adapté à la charge, une opération préparée par écrit, des accessoires d'élingage en bon état et bien utilisés, une zone de levage interdite aux personnes non nécessaires, et une équipe compétente qui communique sans ambiguïté. La plupart des accidents de levage (renversement de la grue, chute de la charge, écrasement, contact avec une ligne électrique) viennent d'un manquement à l'une de ces conditions.

Les dix règles à retenir :

  1. Connaître le poids réel de la charge et de ses accessoires.
  2. Choisir la grue sur son abaque, au rayon de travail, jamais sur sa seule capacité nominale.
  3. Caler la grue sur un sol reconnu, stabilisateurs déployés selon la notice.
  4. Préparer un plan de levage proportionné à la difficulté de l'opération.
  5. Utiliser des élingues et accessoires marqués, contrôlés, adaptés à l'angle d'élingage.
  6. Baliser une zone d'exclusion et ne jamais stationner ni passer sous la charge.
  7. Repérer les lignes électriques et respecter les distances fixées par l'exploitant du réseau.
  8. Surveiller le vent et arrêter avant les limites du constructeur.
  9. Désigner un seul chef de manœuvre et utiliser des signaux convenus.
  10. Faire vérifier périodiquement l'appareil et les accessoires, et tenir le registre à jour.

Les sections suivantes détaillent chaque point, avec ce que prévoit la réglementation marocaine et les normes internationales qui servent de référence aux professionnels.

Que dit la réglementation marocaine sur les appareils de levage ?

Au Maroc, la sécurité du levage repose sur plusieurs textes superposés. Le socle est le Code du travail (loi n° 65-99) : son article 24 impose à l'employeur de prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver la sécurité, la santé et la dignité des salariés, et ses articles 281 et suivants organisent l'hygiène et la sécurité au travail. Les obligations réglementaires propres aux bases de vie sont traitées dans notre article base de vie de chantier : que dit la réglementation.

Pour les appareils de levage, les guides de prévention marocains continuent de citer l'arrêté viziriel du 9 septembre 1953, dont plusieurs articles s'appliquent directement à un grutage :

Principales prescriptions de l'arrêté viziriel du 9 septembre 1953 sur les appareils de levage
ArticlePrescription
Art. 19Chaînes non raccourcies par des nœuds et protégées des arêtes vives ; élingues choisies et entretenues pour ne pas rompre, glisser ou être coupées
Art. 25Interdiction de lever une charge supérieure à la charge maximale indiquée ; transport habituel de charges au-dessus du personnel interdit ; avertisseur sonore avant les déplacements
Art. 26Interdiction d'utiliser les appareils de levage pour transporter des personnes
Art. 32Examen approfondi au moins tous les 12 mois ; chaînes, câbles, cordages, palonniers et crochets vérifiés au moins une fois par an, et après un arrêt de plus de trois mois, un démontage ou une modification
Art. 33Contrôles confiés à des techniciens qualifiés de l'entreprise ou d'un organisme agréé ; l'inspecteur du travail peut imposer un vérificateur agréé
Art. 34Résultats consignés dans un registre propre à chaque appareil
Art. 35 et 36Conduite interdite à un ouvrier inapte ; consignes écrites affichées en français et en arabe
Art. 37Charge maximale indiquée sur l'appareil et sur chaque accessoire (chaînes, câbles, élingues, palonniers, crochets)

Plus récemment, le décret n° 2-12-236 du 25 novembre 2013 a fixé les conditions d'utilisation des appareils et machines susceptibles de porter atteinte à la sécurité des salariés. Deux arrêtés du 15 mars 2018 en ont précisé l'application : l'arrêté n° 1281-18 (Bulletin officiel n° 6700 du 16 août 2018) désigne les appareils soumis à des vérifications générales périodiques et en fixe la périodicité et le contenu, et l'arrêté n° 1282-18 fixe les conditions de désignation des organismes qui les réalisent. Le Conseil de gouvernement a ensuite adopté, le 3 novembre 2022, le décret n° 2-22-630, qui abroge et remplace le décret de 2013.

Attention : la réglementation des vérifications évolue. Avant un chantier, faites confirmer par l'inspection du travail ou par un organisme de contrôle agréé les textes et périodicités applicables à vos appareils, et exigez de votre prestataire les rapports de vérification en cours de validité.

Qu'est-ce qu'un plan de levage et quand faut-il en faire un ?

Le plan de levage est le document qui décrit, avant l'opération, comment la charge sera levée, déplacée et posée, avec quels moyens et par qui. La norme internationale ISO 12480-1 (Appareils de levage à charge suspendue – Utilisation en sécurité – Partie 1 : Généralités, dernière édition 2024) traite notamment de la planification des opérations de levage, du choix des appareils et de l'organisation des équipes. Le principe est simple : plus l'opération est complexe, plus sa préparation doit être détaillée et écrite.

Pour un levage simple et répétitif (déchargement de panneaux, par exemple), une procédure type suffit. Pour la pose d'un module, un levage à deux grues, un travail près d'une ligne électrique ou une charge de forme irrégulière, le plan doit être écrit et spécifique.

Contenu type d'un plan de levage
RubriqueContenu
ChargePoids, dimensions, centre de gravité, points de levage, surface exposée au vent
AppareilType, configuration, rayon maximal, charge admissible lue sur l'abaque, taux d'utilisation
CalagePosition de la grue, nature du sol, plaques de répartition
ÉlingageAccessoires, nombre de brins, angle, CMU de chaque élément
EnvironnementLignes électriques, bâtiments, circulation, zone d'exclusion
Conditions d'arrêtVent maximal, visibilité, météo
ÉquipeGrutier, élingueur, chef de manœuvre, moyens de communication
SéquenceOrdre des levages, trajectoire, zone de pose, guidage

Le choix de l'appareil à partir de l'abaque, avec un exemple chiffré pour un module, est expliqué dans notre article location de grue au Maroc : prix et choix de la bonne capacité.

Élingage et accessoires : comment éviter la chute de la charge ?

L'élingage relie la charge au crochet. C'est le maillon où se produisent beaucoup d'incidents : élingue sous-dimensionnée, angle trop ouvert, arête vive qui coupe une sangle, crochet mal fermé. Les accessoires sont couverts par des normes européennes largement utilisées comme référence : EN 1492 pour les élingues textiles, EN 13414 pour les élingues en câbles d'acier.

L'angle des brins change tout

Plus les brins d'une élingue s'écartent de la verticale, plus chacun est sollicité. C'est de la géométrie : la tension dans chaque brin vaut la part de charge qu'il porte divisée par le cosinus de son angle avec la verticale.

Effort dans chaque brin d'une élingue à deux brins levant 2 t, selon l'angle au sommet
Angle entre les deux brinsEffort par brinEffort par brin en % de la charge
0° (brins verticaux)1,00 t50 %
60°1,15 t58 %
90°1,41 t71 %
120°2,00 t100 %

À 120° entre les brins, chacun porte autant que la charge entière : c'est la limite à ne pas dépasser. Restez nettement en dessous, ou utilisez un palonnier qui ramène les brins à la verticale. Sur un module, le palonnier évite aussi d'écraser la toiture et les acrotères.

Les règles de base de l'élingage

  • Utiliser les points de levage prévus par le fabricant (aux angles du châssis pour un module) et jamais les menuiseries ou les panneaux.
  • Vérifier la CMU (charge maximale d'utilisation) marquée sur chaque élingue, manille et crochet ; un accessoire sans marquage lisible est écarté.
  • Protéger les élingues textiles des arêtes vives avec des fourreaux ou des cornières.
  • Ne jamais nouer une chaîne ou une sangle pour la raccourcir.
  • Contrôler visuellement les accessoires avant chaque utilisation : coupures, brûlures, fils cassés, déformation, linguet de crochet absent.
  • Faire un levage d'essai à quelques centimètres du sol pour vérifier l'équilibre avant de lever franchement.

Zone d'exclusion, signaux et lignes électriques : comment organiser le chantier ?

La zone d'exclusion

La zone d'exclusion est le périmètre où personne n'entre pendant le levage, sauf les intervenants nécessaires. Elle couvre l'aire de calage de la grue, le rayon de rotation de la flèche et de la contre-flèche, et la trajectoire de la charge, avec une marge en cas de balancement. Elle se matérialise par des barrières ou de la rubalise et, si besoin, par un guetteur qui arrête les passages. Personne ne se place sous une charge suspendue ; pour guider un module, on utilise des cordes de guidage plutôt que les mains.

Les signaux et la communication

Un seul chef de manœuvre donne les ordres au grutier, sauf le signal d'arrêt, que toute personne peut donner. Les gestes de commande sont décrits par la norme ISO 16715:2014 (Appareils de levage – Signaux de manœuvre à bras), qui permet à des équipes d'origines différentes de se comprendre. Lorsque le grutier ne voit pas la charge, la radio devient indispensable, avec un canal dédié et des messages courts.

Les lignes électriques

Le contact d'une flèche avec une ligne aérienne est l'un des accidents les plus graves du levage. Repérez les lignes dès la visite préalable, implantez la grue de façon que ni la flèche ni la charge ne puissent s'en approcher, et demandez à l'exploitant du réseau (ONEE ou distributeur local) les distances de sécurité à respecter, ou la mise hors tension de la ligne pendant l'opération.

Conseil d'expert : pour la livraison d'une base de vie, prévoyez dès l'implantation une aire de grutage dégagée, sans ligne au-dessus, au plus près des fondations. C'est la mesure la plus efficace pour la sécurité et pour le coût de la pose. Le déroulé d'une livraison est décrit dans l'article transport d'un bâtiment modulaire au Maroc.

À partir de quelle vitesse de vent faut-il arrêter un levage ?

Il n'existe pas de seuil unique : la vitesse maximale de vent est fixée par le constructeur de chaque grue et figure dans sa notice ou ses tableaux de charges. Deux références techniques aident à comprendre ces limites.

Grues mobiles : attention aux charges à grande surface

Selon un document technique de la Fédération européenne de la manutention (FEM 5.016, 2017) qui s'appuie sur la norme EN 13000, les vitesses de vent des tableaux de charges des grues mobiles supposent une charge exposant au plus 1,2 m² au vent par tonne. Au-delà, la vitesse admissible doit être recalculée et elle est souvent réduite. La vitesse à considérer est la rafale de 3 secondes au sommet de la flèche, et non la moyenne mesurée à 10 m par les stations météo : une rafale peut atteindre environ le double de cette moyenne. Le document donne l'exemple d'un vent moyen de 6,2 m/s à 10 m, qui correspond à environ 13 m/s en rafale à 50 m de haut, au-delà d'une limite de 9 m/s : le levage ne doit pas avoir lieu.

Appliquons ce ratio à un module de chantier. Un module de 6 m de long et 2,8 m de haut présente environ 17 m² de face latérale ; pour un poids de 2 t, cela fait environ 8,5 m² par tonne, soit sept fois l'hypothèse standard. Un module se comporte donc comme une voile : la vitesse de vent admissible est nettement inférieure à celle indiquée pour une charge compacte.

Grues à tour : les seuils d'alarme de la recommandation française R 406

En France, la recommandation R 406 de l'Assurance maladie (CNAMTS, 2004) sur le risque de renversement des grues à tour retient un seuil de préalarme à 50 km/h et un seuil d'alarme à 72 km/h (ou les valeurs du constructeur si elles sont plus basses) ; à l'alarme, la charge est posée et la grue mise en girouette. Le même document montre qu'une banche de 700 kg offrant 6,5 m² au vent ne peut être manutentionnée qu'avec un vent de 40 km/h sur une grue de 2 t. Ces valeurs ne sont pas des règles marocaines, mais elles illustrent l'ordre de grandeur.

Attention : l'anémomètre au sol sous-estime le vent en hauteur. Consultez la prévision de rafales la veille, mesurez sur place et suspendez le levage dès que la charge commence à tourner ou à se balancer, même sous la limite théorique.

Grutier, élingueur, chef de manœuvre : quelles compétences exiger ?

Un levage mobilise au minimum trois rôles, parfois tenus par deux personnes sur une petite opération : le grutier, qui conduit l'appareil ; l'élingueur, qui prépare et accroche la charge ; le chef de manœuvre, qui dirige l'opération et communique avec le grutier.

Au Maroc, l'arrêté de 1953 interdit de confier la conduite d'un appareil de levage à un ouvrier inapte et impose des consignes écrites. Sur le plan international, la norme ISO 15513 définit les exigences de compétence des conducteurs de grues, des élingueurs et des signaleurs. En France, la conduite est encadrée par les certificats CACES définis par des recommandations de l'Assurance maladie : R.483 pour les grues mobiles, R.487 pour les grues à tour et R.490 pour les grues de chargement. Ces dispositifs étrangers n'ont pas de valeur légale au Maroc, mais ils constituent de bons repères pour évaluer une formation.

En pratique, demandez à votre prestataire les attestations de formation de son personnel, le rapport de vérification de l'appareil et la liste des accessoires utilisés. Ces documents peuvent aussi être exigés par votre client ou votre assureur. Les entreprises qui souhaitent structurer leurs propres procédures internes peuvent s'appuyer sur notre service consulting et formation.

Quelles vérifications avant, pendant et après un levage ?

Vérifications d'un appareil de levage et de ses accessoires
QuandQuoiQui
Avant chaque levageAccessoires (état, marquage CMU), dispositifs de sécurité, calage, zone d'exclusion, ventGrutier, élingueur, chef de manœuvre
Prise de posteFonctionnement des commandes, limiteurs, freins, fuites hydrauliquesGrutier
Au moins tous les 12 moisExamen approfondi de l'appareil et vérification des chaînes, câbles, élingues, palonniers, crochets (arrêté de 1953, art. 32)Technicien qualifié ou organisme agréé
Après arrêt de plus de 3 mois, démontage ou modificationVérification avant remise en serviceTechnicien qualifié ou organisme agréé
Selon la réglementation en vigueurVérifications générales périodiques (arrêté n° 1281-18 et textes suivants)Organisme désigné

Pour vos opérations de transport avec levage de modules, de charpentes ou d'équipements industriels, découvrez notre service transport et grutage au Maroc.

En résumé

  • Un levage sûr repose sur cinq piliers : appareil adapté et vérifié, plan de levage, élingage correct, zone d'exclusion, équipe compétente.
  • Au Maroc : Code du travail (art. 24 et 281 et suivants), arrêté viziriel du 9 septembre 1953 (examen au moins tous les 12 mois, charge maximale marquée, transport de personnes interdit), vérifications périodiques encadrées par voie réglementaire.
  • À 120° entre deux brins, chaque brin porte la charge entière : restez nettement en dessous ou utilisez un palonnier.
  • Le vent se juge en rafales au sommet de la flèche ; un module expose environ sept fois plus de surface par tonne que l'hypothèse standard.
  • Références internationales : ISO 12480-1 (utilisation en sécurité), ISO 16715 (signaux), ISO 15513 (compétences), EN 1492 et EN 13414 (élingues).
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Fondée en 2016 à Casablanca, SLOTIM réunit 6 métiers et plus de 130 projets livrés au Maroc et en Afrique de l'Ouest.

FAQ

Questions fréquentes

Qui est responsable en cas d'accident de levage sur un chantier ?

La responsabilité dépend du contrat et des faits : l'employeur des salariés exposés doit assurer leur sécurité (article 24 du Code du travail), le prestataire de levage répond de son appareil et de son personnel, et le client de ce qu'il fournit (accès, sol, informations sur la charge). D'où l'intérêt d'un plan de levage écrit qui fixe le rôle de chacun.

Peut-on lever une charge au-dessus des ouvriers si l'opération est rapide ?

Non. L'arrêté viziriel de 1953 interdit le transport habituel de charges au-dessus du personnel, et toutes les bonnes pratiques imposent une zone d'exclusion sous la trajectoire. La durée de l'opération ne change rien au risque : une élingue qui cède le fait en une fraction de seconde. Faites dégager la zone avant chaque levage.

Faut-il un plan de levage pour décharger un simple bungalow ?

Oui, mais proportionné : pour un bungalow de poids connu, posé près du camion sur un site dégagé, une procédure type complétée sur place (poids, rayon, élingues, zone, vent) suffit. Un plan détaillé s'impose pour un levage à deux grues, une pose en hauteur, une charge au-dessus d'un obstacle ou près d'une ligne électrique.

Comment savoir si une élingue est encore utilisable ?

Elle doit porter un marquage lisible de sa CMU et ne présenter ni coupure, ni brûlure, ni couture abîmée (élingue textile), ni fil cassé ou écrasement (câble), ni maillon déformé (chaîne). Au moindre doute, elle est retirée et détruite. Elle doit aussi avoir été vérifiée au cours des douze derniers mois.

Un anémomètre est-il obligatoire sur une grue ?

Les grues à tour et de nombreuses grues mobiles en sont équipées d'origine, avec alarme. Sur un camion-grue qui n'en a pas, un anémomètre portatif et la prévision des rafales permettent de décider. Rappelez-vous que le vent est plus fort en hauteur qu'au sol, et qu'un module offre une très grande prise au vent.

À quelle fréquence faire vérifier un camion-grue au Maroc ?

L'arrêté viziriel du 9 septembre 1953 impose un examen approfondi au moins tous les 12 mois, et une vérification après un arrêt de plus de trois mois, un démontage ou une modification. Les vérifications générales périodiques sont aussi encadrées par des textes plus récents : faites confirmer la périodicité applicable par un organisme agréé.

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